Après un cancer du sein, à quoi sert le suivi par imagerie ?
Une patiente revient au comptoir après sa mammographie de surveillance. Elle attend un résultat et elle est inquiète. Pour le premier épisode de QuizyPod, Amel Fekir, radiologue à IMEGA (Imagerie médicale du Gâtinais), explique comment se déroule ce suivi et ce que vous pouvez lui dire.
Un suivi, ce n'est pas un dépistage
Après un cancer du sein, la patiente ne relève plus du dépistage. Elle entre dans un suivi, qui poursuit deux objectifs.
« Le but est de détecter à la fois une récidive locale sur le sein qu'on a traité, mais aussi un éventuel autre cancer […] dans le sein qu'on surveille. »
Selon Amel Fekir, ce suivi associe chaque année un examen clinique, une mammographie et une échographie.
Le dépistage organisé s'adresse à un autre public : les femmes de 50 à 74 ans sans symptôme ni facteur de risque particulier. Il est proposé tous les deux ans et associe une mammographie et un examen clinique des seins. Les clichés sont relus par un second radiologue (ameli.fr, page mise à jour le 19 octobre 2026). En dehors de ce programme, un dépistage individuel peut être proposé selon l'âge et les facteurs de risque, familiaux ou génétiques notamment.
Mammographie, échographie, et parfois IRM
La mammographie et l'échographie sont réalisées systématiquement. L'échographie analyse mieux un sein dense. Elle précise l'aspect de la cicatrice et permet d'examiner les ganglions : axillaires, sous-claviculaires et mammaires internes. Elle sert aussi à surveiller la paroi après une mastectomie, le lambeau après une reconstruction, ou une prothèse.
L'IRM vient en seconde intention. Amel Fekir cite plusieurs situations :
- un désaccord entre l'examen clinique et l'imagerie ;
- un doute sur une récidive à la mammographie ou à l'échographie ;
- des seins très denses et difficiles à analyser, quand la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) décide d'un suivi par IRM ;
- les patientes à risque, comme celles qui portent une prédisposition génétique (de type BRCA) ou qui ont eu un cancer très jeunes ;
- une suspicion de récidive, pour préciser l'extension et rechercher d'autres lésions à biopsier.
Séquelle du traitement ou récidive : comment le radiologue tranche
La cicatrice change après une chirurgie ou une radiothérapie. Le radiologue compare donc toujours avec les examens antérieurs.
« On a toujours besoin des examens antérieurs, et le but, c'est d'évaluer une évolution dans le temps de la cicatrice. »
Beaucoup d'images sont bénignes et habituelles, comme la cytostéatonécrose ou certaines calcifications. Un nodule qui se développe sur la cicatrice, en revanche, se voit bien en mammographie et en échographie. Si un doute persiste, l'IRM et, au besoin, une biopsie permettent de conclure.
« On peut être amené effectivement à proposer une biopsie, mais c'est aussi parfois par prudence, pour être sûr de ne rien louper. Ce n'est pas un cas très, très fréquent. »
Au comptoir : ce que vous pouvez faire
Amel Fekir le dit simplement : l'attente d'une biopsie et de ses résultats est une période difficile, et l'équipe d'imagerie n'y peut rien. Elle donne quelques pistes à l'équipe officinale :
- Écouter. « Votre rôle, ça va être aussi […] de leur apporter effectivement une écoute. »
- Expliquer pourquoi le suivi existe et ce qu'on peut en attendre. Selon elle, c'est « assez souvent rassurant ». Une biopsie peut aussi être proposée par prudence.
- Encourager l'observance. « C'est important qu'elles aillent à leurs examens, qu'elles aillent au bout de la démarche. »
- Orienter vers une association. Certaines accompagnent les femmes qui ont eu un cancer du sein, avec des groupes de parole.
Écouter l'épisode
L'entretien complet dure environ sept minutes, en quatre questions. Il est aussi disponible sur les plateformes de podcast.
Pour Octobre rose, QuizyPod reçoit Amel Fekir, radiologue à IMEGA (Imagerie médicale du Gâtinais). Elle explique comment se déroule le suivi par imagerie après un cancer du sein, en quoi il diffère du dépistage organisé, quand l'IRM entre en jeu, comment distinguer les séquelles du traitement d'une récidive, et comment accompagner au comptoir une patiente inquiète après un examen de surveillance.
Transcription de l’épisode
# QuizyPod — Épisode 1 : le suivi par imagerie après un cancer du sein
Avec Amel Fekir, radiologue (IMEGA, Imagerie médicale du Gâtinais). Octobre rose.
Transcription légèrement éditée pour la lecture : les hésitations et les reprises ont été retirées, le sens n'a pas été modifié. Contenu destiné aux professionnels de santé ; il ne remplace pas un avis médical individuel.
[0:02]
QuizyPod : Bonjour et bienvenue sur QuizyPod. Aujourd’hui, nous allons écouter la radiologue Amel Fekir, du centre d’imagerie du Gâtinais, parler du suivi par imagerie après un cancer du sein.
Question 1 — Après un cancer du sein, quelle est la place de l’imagerie dans le suivi des patientes, et comment ce suivi se distingue-t-il du dépistage classique ?
[0:14]
QuizyPod : Alors, la première question est : après un cancer du sein, quelle est la place de l’imagerie dans le suivi des patientes, et comment ce suivi se distingue-t-il du dépistage classique ?
Amel Fekir : Donc le suivi par imagerie a une place centrale pour la patiente. Le but est de détecter à la fois une récidive locale sur le sein qu’on a traité, mais aussi un éventuel autre cancer, qui pourrait être controlatéral ou métachrone, dans le sein qu’on surveille. Donc on réalise toujours un examen clinique, et on fait toujours, en fait, une mammographie et une échographie chez chaque patiente.
Il est annuel, ce suivi, alors que le programme organisé, lui, dépiste une patiente tout-venant : soit par dépistage systématique de la Sécurité sociale, de 50 à 74 ans, soit individuel, en fonction de l’âge, des facteurs de risque, en particulier familiaux ou génétiques. Donc la différence, elle est essentiellement là.
Question 2 — Quels examens d’imagerie sont généralement effectués après un cancer du sein, et dans quelles situations a-t-on recours à l’IRM mammaire ?
[1:21]
QuizyPod : Ensuite, quels examens d’imagerie sont généralement effectués après un cancer du sein, et dans quelle situation a-t-on recours à l’IRM mammaire ?
Amel Fekir : Comme je l’ai dit, on réalise systématiquement une mammographie, l’échographie aussi. L’échographie permet de mieux voir, permet de mieux analyser le sein, surtout quand il est dense, quand on a des seins constitutionnellement denses. Elle permet de mieux préciser aussi, éventuellement, la cicatrice, en plus de la mammographie. C’est un examen qui permet d’analyser aussi les différentes loges ganglionnaires : axillaires, sous-claviculaires, mammaires internes.
C’est pour moi, en fait, un examen quand même important dans le suivi d’une femme traitée. Et on peut aussi surveiller la paroi chez les patientes qui ont eu une mastectomie, ou même regarder de plus près le lambeau quand la patiente a eu une reconstruction, voire dépister une complication sur une prothèse, si ça a été une reconstruction prothétique qui a été réalisée. Et en fait, l’IRM vient en seconde intention quand il y a une discordance, par exemple entre une anomalie clinique et qu’on ne retrouve rien en mammographie, en échographie, ou aussi quand, en mammographie ou en échographie, on a un doute sur une récidive.
Chez les patientes, en fait, qui ont des seins très denses et difficiles à analyser, on est parfois amené à décider en RCP de réaliser systématiquement une surveillance aussi en plus par IRM. Les patientes à risque, en particulier celles qui ont une prédisposition génétique, type par exemple BRCA, ou qui ont eu un cancer du sein très jeunes, souvent, elles sont aussi suivies par IRM en plus.
Et dès qu’on a une suspicion de récidive, pour préciser éventuellement l’extension, indiquer éventuellement la mastectomie, voir s’il n’y a pas d’autres lésions, une extension locorégionale, et d’autres lésions à biopsier. Donc ça, c’est central.
Question 3 — Après une chirurgie ou une radiothérapie, certaines modifications du sein sont visibles à l’imagerie. Comment distinguer les séquelles du traitement d’une anomalie qui pourrait évoquer une récidive ?
[3:22]
QuizyPod : Très bien, merci ! Après une chirurgie ou une radiothérapie, certaines modifications du sein sont visibles à l’imagerie. Comment distinguer les séquelles du traitement d’une anomalie qui pourrait évoquer une récidive ?
Amel Fekir : Alors, déjà, on a toujours besoin des examens antérieurs, et le but, c’est d’évaluer une évolution dans le temps de la cicatrice. Soit elle ne bouge pas du tout, soit il peut y avoir une évolution clinique, enfin clinique et mammographique, bénigne : on peut avoir ce qu’on appelle la cytostéatonécrose, des kystes qui sont calcifiés, ça, c’est très habituel. Et par contre, toute évolution préoccupante, parce qu’on a un nodule qui se développe sur la cicatrice, ou autre, là, par contre, ça, on le verra très bien en mammographie, voire en échographie, parce qu’on réalise l’échographie systématiquement en complément.
Et on va rechercher aussi des calcifications, qui pourraient être un signe de récidive aussi, mais pas toujours : on a aussi des calcifications bénignes, en particulier de cytostéatonécrose, qui peuvent se développer sur la cicatrice. On va regarder aussi la peau : souvent, en post-radique, on va avoir un épaississement, un œdème de la peau. En cas de doute, de toute façon, on complète toujours par l’IRM pour rechercher une prise de contraste en regard de la cicatrice de tumorectomie, ou en regard de la paroi de mastectomie, en sachant que dans les mois suivant une chirurgie, il peut y avoir une prise de contraste qui est physiologique, dans le contexte post-thérapeutique.
Et donc nous, on doit rechercher des anomalies morphologiques associées, une évolution dans le temps, et au moindre doute, on réalise une biopsie. Donc ça peut être une période un peu difficile pour une patiente, parce qu’on n’a pas forcément toutes les réponses en mammo et en échographie, mais dans la majeure partie des cas, c’est le cas. Et on peut être amené effectivement à proposer une biopsie, mais c’est aussi parfois par prudence, pour être sûr de ne rien louper.
Ce n’est pas un cas très, très fréquent.
Question 4 — Quels conseils donneriez-vous pour accompagner une patiente qui revient au comptoir après un examen de surveillance et qui s’inquiète du résultat ?
[5:30]
QuizyPod : Et enfin, quel conseil donneriez-vous pour accompagner une patiente qui revient au comptoir après un examen de surveillance et qui s’inquiète du résultat ?
Amel Fekir : Alors, c’est pas évident. Nous, on informe comme on peut quand on les voit. C’est sûr qu’on essaie d’accueillir au mieux leur inquiétude, mais de toute façon… Voilà, on leur explique pourquoi on réalise le suivi, et quels sont les résultats complémentaires qui peuvent être attendus en fonction de ce suivi, et c’est quand même assez souvent rassurant. Maintenant, pour être sûr à 100 %, quand on a le moindre doute, on peut être amené à faire une biopsie, et il y a une période d’attente de la biopsie et des résultats anatomopathologiques : ça, on n’y peut rien.
On peut aussi, peut-être, les orienter vers des associations qui ont l’habitude, en fait, d’épauler des femmes qui ont eu un cancer du sein, avec des groupes de parole, etc. Ça, je pense que ça peut être une bonne piste. Après, votre rôle, ça va être aussi quand même, je pense, de leur apporter effectivement une écoute, et de les convaincre aussi de l’observance, de la compliance aux examens.
C’est important qu’elles aillent à leurs examens, qu’elles aillent au bout de la démarche. Et voilà : à partir du moment où on fait un suivi, c’est que potentiellement, il peut y avoir malheureusement des signes de récidive, et puis voilà, on est obligé d’aller au bout des choses et de faire des examens un peu poussés.
Conclusion
[6:53]
QuizyPod : Merci, Amel Fekir. Merci à vous pour votre écoute, et à bientôt pour un nouvel épisode de QuizyPod.
Contenu destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas un conseil médical individuel. Propos d'Amel Fekir recueillis par Quiz.Coach, légèrement édités pour la lecture.

