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L'IA aux côtés du patient : quelle place pour le pharmacien ? Avec Edmond Aouad

Les patients posent déjà leurs questions de santé à une IA.

Les patients posent déjà leurs questions de santé à une IA. Edmond Aouad, ingénieur centralien et créateur de Mima, un agent conversationnel pour les patients atteints de cancer, explique ce que l'IA change entre deux consultations, comment bien l'utiliser, ses limites, et pourquoi le pharmacien reste l'interlocuteur de confiance du patient.

QuizyPod · Épisode 7L'IA aux côtés du patient : quelle place pour le pharmacien ? Avec Edmond Aouad 8 min

Les patients posent déjà leurs questions de santé à une IA. Edmond Aouad, ingénieur centralien et créateur de Mima, un agent conversationnel pour les patients atteints de cancer, explique ce que l'IA change entre deux consultations, comment bien l'utiliser, ses limites, et pourquoi le pharmacien reste l'interlocuteur de confiance du patient.

Transcription de l’épisode

Quizy : Bienvenue sur QuizyPod, le podcast du comptoir de Quiz.Coach ! Aujourd'hui, on parle d'intelligence artificielle en santé. De plus en plus de patients posent leurs questions à une IA… alors quelle place pour le pharmacien ? Pour en parler, je reçois Edmond Aouad, ingénieur centralien et entrepreneur, créateur de Mima, un agent conversationnel. Bienvenue Edmond !

Quizy : Edmond, pour commencer, peux-tu te présenter ?

Bonjour, moi c'est Edmond. Je suis ingénieur centralien, entrepreneur. Je fais de l'IA depuis maintenant dix ans. J'ai commencé par une première entreprise où j'ai utilisé l'IA pour automatiser les tâches des développeurs informatiques. Et en 2023, j'ai cofondé une entreprise qui s'appelle Mima, où l'on crée des agents conversationnels pour aider les patients, et en particulier les patients atteints de cancer.

Quizy : Pourquoi avoir créé Mima ?

On a créé Mima parce que, malheureusement, on avait des proches qui étaient atteints de cancer. On a vécu le problème des patients au quotidien, et on a aussi parlé avec un certain nombre de médecins : on a compris le problème des médecins. Et à ce moment-là, on a vu à quel point utiliser l'intelligence artificielle, et plus précisément des agents conversationnels, pour écouter le patient au quotidien pouvait apporter un réel bénéfice pour les patients atteints de cancer, mais également pour les médecins et pour la recherche.

Quizy : Concrètement, comment les patients utilisent-ils l'IA au quotidien ?

Aujourd'hui, un très grand nombre de patients utilisent spontanément l'application ChatGPT pour questionner cette IA sur leur santé. C'est absolument naturel. L'IA accompagne les patients, et même tout le monde, au quotidien, pour trois choses. La première, c'est pour poser des questions. La deuxième, c'est pour la gestion de tout ce qui est administratif. Et la troisième, c'est pour le soutien émotionnel.

Lorsqu'on a un traitement qui est lourd, forcément, on se pose des questions. Lorsqu'on a des symptômes qui sont inquiétants, forcément, on se pose des questions. Et quand le médecin n'est pas là, on sort le téléphone, on ouvre ChatGPT ou une autre IA, et on lui pose des questions.

La deuxième chose, c'est la gestion de tout ce qui est administratif. Si j'ai besoin de préparer des documents, de préparer une consultation, d'obtenir un remboursement en rapport avec ma maladie ou mon traitement, j'utilise aussi une intelligence artificielle.

Enfin, pour tout ce qui est soutien émotionnel : ce qui est important de savoir, c'est que lorsqu'on est atteint d'une maladie lourde, qu'on présente des symptômes inquiétants, on n'a pas forcément envie d'en parler à ses proches. On a peur d'inquiéter ses proches. Dans ce cas-là, souvent, les patients utilisent le téléphone pour discuter avec une intelligence artificielle.

Quizy : Et comment l'IA transforme-t-elle les échanges du patient en informations utiles ?

Ce que permet un bon agent conversationnel de santé, c'est de transformer les conversations non structurées du patient en informations structurées. Et ça permet de résoudre trois problèmes.

Un agent conversationnel, c'est : je parle avec l'intelligence artificielle de manière ouverte, en tant que patient, tous les jours, et l'IA se rappelle de tout ce que je lui ai dit. Ça résout le problème de l'oubli de ce qui s'est passé entre deux consultations. Lorsque je vais revoir le médecin, la veille, je demande à l'agent conversationnel ce qui m'est arrivé : je me rappelle de tout, et je peux tout dire à mon médecin.

Deuxièmement, le médecin, puisqu'il a toutes les informations sur ce qui m'est arrivé en tant que patient, va pouvoir prendre les meilleures décisions possibles pour la stratégie de traitement, ou pour me dire comment améliorer ma qualité de vie.

Enfin, l'IA permet de transformer toutes les phrases que j'ai pu dire en tant que patient, toutes les questions que j'ai pu poser, en données structurées. Cela permet de comprendre tous les effets secondaires du traitement, et aussi de détecter pourquoi il y a un abandon du traitement. Parce qu'en général, lorsque le patient parle à l'IA, il va dire tout ce qu'il a ressenti, toutes ses inquiétudes par rapport au traitement, et aussi les inconforts liés aux effets secondaires.

Quizy : Comment bien utiliser l'IA en santé, et quelles sont ses limites ?

Comment bien utiliser l'intelligence artificielle ? C'est une vraie question. Déjà, pour limiter les erreurs, ce qui est très important, c'est que le patient ait accès à une bonne IA, c'est-à-dire une IA spécialisée dans les échanges en rapport avec la santé, et avec un très bon modèle. Plus elle est spécialisée sur les échanges avec les patients et plus le modèle est bon, moins il y aura d'erreurs. Mais lorsqu'il s'agit de santé, on ne veut pas d'erreur.

En plus d'avoir un bon cerveau, une bonne IA, ce qui est très important, c'est d'avoir le maximum de contexte possible sur ce qui se passe dans la vie du patient. Pour ça, il y a deux choses. Premièrement, que le patient parle au maximum avec l'intelligence artificielle de sa vie de tous les jours, de sa maladie, de son traitement, de tout ce qui peut être relié à sa maladie. Deuxièmement, que l'IA soit connectée aux différents documents du patient : les imageries, les comptes rendus du médecin, tous les traitements concomitants que le patient doit prendre. Plus l'IA a de contexte, plus ses réponses sont justes et adaptées à la personne.

Enfin, il faut que, lorsque l'IA détecte une urgence, elle puisse communiquer à la fois avec les aidants du patient, avec les systèmes d'urgence et avec l'équipe médicale. Cela nécessite un lien entre l'agent conversationnel et toute l'équipe de soins, toute l'équipe qui est autour du patient.

Quizy : Dernière question : et le pharmacien, quelle place lui reste-t-il ?

Aujourd'hui, l'humain avec qui le patient veut parler lorsqu'il a un doute sur son traitement et qu'il veut potentiellement l'arrêter, cet humain, c'est qui ? C'est son pharmacien.

Et avant de parler avec son pharmacien, aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, le patient a parlé à son agent conversationnel. Une IA de santé bien faite a transformé toute cette conversation en un tableau très visuel, qui montre quel jour le patient a pris son traitement, quel jour il ne l'a pas pris, qui explique les moments de peur du patient, pourquoi il a peur, et ses doutes par rapport au traitement. Selon les études, jusqu'à une patiente sur deux ne prend plus correctement son traitement au bout de cinq ans, et c'est en pharmacie, à chaque renouvellement, que cela peut se mesurer.

Il y a donc une vraie synergie qui peut se créer entre le pharmacien et cet agent conversationnel. Lorsque le patient arrive avec des doutes auprès de son pharmacien, je crois que le pharmacien peut demander à consulter ce tableau de bord créé par l'IA. Pour une raison simple : le patient a confiance en son pharmacien, il veut son avis. Grâce à ça, le pharmacien va pouvoir regarder en détail les doutes du patient et avoir avec lui une conversation à plus forte valeur ajoutée.

Une autre grande valeur ajoutée que le pharmacien peut apporter, cette fois pas directement au patient mais à la recherche : après avoir parlé avec suffisamment de patients, le pharmacien peut comprendre en détail pourquoi les patients arrêtent leur traitement et quels sont leurs doutes. C'est quelque chose qui a énormément de valeur, à la fois pour la recherche et pour les laboratoires qui produisent les médicaments. Grâce aux informations que le pharmacien peut faire remonter, le laboratoire peut créer de nouvelles molécules plus efficaces, avec moins d'effets secondaires, ou des traitements concomitants qui réduisent les effets secondaires.

Le pharmacien peut aussi apporter une vraie observation sur les manques d'information : où le patient n'est pas informé dans son parcours à l'hôpital. On peut alors lui donner plus d'informations, afin qu'il comprenne mieux ce qu'il ressent pendant le traitement et que cela réduise le risque de manque d'adhésion au traitement.

Quizy : Merci Edmond pour cet échange ! L'IA peut aider le patient à mettre des mots sur ce qu'il vit entre deux consultations, mais c'est vers son pharmacien qu'il se tourne pour en parler. Vous avez aimé cet épisode ? Suivez Quiz.Coach pour ne pas manquer le prochain QuizyPod. À bientôt au comptoir !