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Cancer du sein : neuf questions à une manipulatrice radio

Mammographie, échographie, biopsie : que répondre aux patientes qui s'inquiètent au comptoir ?

Mammographie, échographie, biopsie : que répondre aux patientes qui s'inquiètent au comptoir ? Audrey Garrigues, manipulatrice en électroradiologie au Centre d'imagerie médicale de Mougins, répond à neuf questions de Quizy : les signes qui doivent alerter, la place de l'imagerie, la douleur, les prothèses, la biopsie et ses suites. Et le rôle du pharmacien : écouter, expliquer, rassurer avec justesse et orienter au bon moment.

QuizyPod · Épisode 4Cancer du sein : neuf questions à une manipulatrice radio 10 min

Mammographie, échographie, biopsie : que répondre aux patientes qui s'inquiètent au comptoir ? Audrey Garrigues, manipulatrice en électroradiologie au Centre d'imagerie médicale de Mougins, répond à neuf questions de Quizy : les signes qui doivent alerter, la place de l'imagerie, la douleur, les prothèses, la biopsie et ses suites. Et le rôle du pharmacien : écouter, expliquer, rassurer avec justesse et orienter au bon moment.

Transcription de l’épisode

Quizy : Vos questions sur le cancer du sein : neuf questions, neuf réponses. Pour y répondre, je reçois Audrey Garrigues, manipulatrice en électroradiologie au Centre d'imagerie médicale de Mougins.

Audrey Garrigues : Bonjour, je m'appelle Audrey Garrigues, je travaille comme manipulatrice au Centre d'imagerie médicale de Mougins. Au quotidien, je fais de la radiologie conventionnelle, du bloc opératoire et de l'imagerie mammaire. Et aujourd'hui, c'est justement de mammographie que l'on va parler : on va essayer de répondre aux questions que vos patientes se posent au comptoir.

Quizy : Pourquoi le dépistage et la détection précoce sont-ils importants ?

Audrey Garrigues : Évidemment que c'est important, parce que plus un cancer du sein est détecté tôt, plus sa prise en charge va être adaptée rapidement. Mais il y a surtout un message que j'aimerais faire passer : détection précoce ne veut pas dire dépistage organisé uniquement.

Le dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans, sans symptômes et à risque moyen. L'examen est à réaliser tous les deux ans. Mais si une femme, quel que soit son âge, remarque une boule ou un changement inhabituel dans son sein, elle ne doit surtout pas attendre sa prochaine mammographie, ou l'âge de la mammographie.

C'est là que le pharmacien a vraiment un rôle à jouer : il faut écouter, ne pas banaliser et orienter. S'il y avait une seule chose à retenir : un symptôme n'attend pas le dépistage.

Quizy : Quels signes doivent alerter, et que faire ?

Audrey Garrigues : Le plus connu, bien sûr, c'est la découverte d'une boule ou d'un épaississement dans le sein. Mais ce n'est pas le seul signe. Une modification inhabituelle du mamelon, un écoulement, un changement de la peau, ou plus généralement tout changement nouveau et persistant mérite d'être évalué.

Et là, il y a vraiment deux messages importants. Le premier : on ne s'affole pas. Une boule ou une modification du sein ne signifie pas forcément un cancer. Le deuxième, tout aussi important : on ne banalise pas non plus. Et surtout, on n'attend pas la prochaine mammographie de dépistage pour consulter. On peut voir son gynécologue, son généraliste, une sage-femme.

Pour le pharmacien, un seul bon réflexe : écouter, rassurer sans minimiser et orienter vers le professionnel de santé.

Et j'ajouterai un dernier point : ces signaux peuvent aussi concerner les hommes. Le cancer du sein chez l'homme reste rare, mais il existe. Là encore, une anomalie mammaire chez un homme ne doit pas être banalisée : on consulte.

Quizy : Quelle est la place de l'imagerie dans le dépistage et le diagnostic ?

Audrey Garrigues : On va repartir simplement des bases. Le premier examen dont tout le monde parle, c'est bien sûr la mammographie. Elle utilise des rayons X et c'est l'examen de référence du dépistage organisé. Elle permet d'obtenir plusieurs images du sein.

Parfois, on a besoin de compléter ce que l'on voit à la mammographie. On réalise alors une échographie mammaire. L'échographie, quant à elle, n'utilise pas de rayons X : ce sont des ultrasons. Elle permet de regarder le sein autrement et de venir compléter la mammographie pour mieux caractériser les images.

Vous en avez aussi entendu parler : il y a l'IRM mammaire. Elle non plus n'utilise pas de rayons X. Elle nécessite le plus souvent une injection de produit de contraste. Elle n'est pas réalisée systématiquement, elle est plutôt rare : elle est réservée à certaines situations, notamment la surveillance de certaines femmes à très haut risque, ou lorsqu'un bilan complémentaire est nécessaire.

Ensuite, et seulement ensuite, si malgré l'imagerie une anomalie reste indéterminée ou suspecte, on peut avoir besoin d'aller un peu plus loin. Cette fois, on ne va pas simplement regarder : on va prélever. Cela peut être une ponction, une microbiopsie sous échographie ou une macrobiopsie, selon l'anomalie à explorer.

Et là, il y a vraiment un message important à transmettre aux patientes : une biopsie n'est pas synonyme de cancer. Le prélèvement sert justement à analyser les tissus pour déterminer la nature de l'anomalie.

Si l'on devait résumer simplement : la mammographie permet de regarder, l'échographie ou parfois l'IRM peuvent compléter, et si nécessaire, le prélèvement permet de savoir. Pour le pharmacien, comprendre ce parcours permet surtout de mieux expliquer les différentes étapes et de rassurer une patiente à qui l'on vient de prescrire un examen complémentaire.

Quizy : Une mammographie, ça fait mal ?

Audrey Garrigues : C'est la première question : elles l'ont toutes posée au moins une fois. « Ça fait mal ? », ou « J'ai peur d'avoir mal. » Et là, il faut être honnête : la sensibilité est très différente d'une femme à l'autre, et on doit s'adapter. Certaines ne ressentent presque rien, d'autres trouvent la compression juste désagréable, et certaines la trouvent vraiment douloureuse.

Cette compression ne dure que quelques secondes. Elle est nécessaire pour étaler le sein, obtenir une image de bonne qualité et limiter la dose. Mais surtout, si c'est difficile à supporter, trop gênant ou trop douloureux, il faut bien sûr le dire au manipulateur. On s'adapte.

La deuxième crainte la plus fréquente, c'est : « J'ai peur des rayons X, vous allez m'irradier. » Alors oui, la mammographie utilise des rayons X, mais à faible dose. On ne réalise évidemment pas un examen irradiant sans raison. Lorsqu'une mammographie est recommandée ou médicalement indiquée, le bénéfice attendu justifie cette exposition.

Quizy : J'ai des prothèses mammaires. Puis-je faire une mammographie ?

Audrey Garrigues : Les prothèses mammaires ne sont pas une contre-indication. Il faut simplement nous le signaler en amont, pour que l'on sache que la prothèse est présente : on adaptera les clichés en fonction. On va réaliser des examens différents et spécifiques pour les prothèses mammaires.

Et finalement, je crois que dans tout ça, le plus important, quand on est face à une crainte, c'est de ne pas la minimiser, de ne pas dire simplement « ne vous inquiétez pas », mais d'expliquer. À chaque fois que j'explique un examen, comment il va se dérouler, à chaque fois que je leur dis « je suis là, si ça fait mal on s'adapte, on y va doucement », eh bien ça se passe très bien.

Quizy : Une patiente vous parle d'une anomalie mammaire. Que faites-vous ?

Audrey Garrigues : Je pense qu'il ne faut retenir que trois choses très simples : écouter, ne pas banaliser, et ne pas affoler non plus. Une boule ou une modification dans le sein ne signifie pas forcément un cancer. Mais si une patiente vous décrit une anomalie nouvelle ou persistante, comme une boule, une modification du mamelon, un écoulement, ou tout simplement un changement inhabituel de la peau ou du sein, elle doit être orientée vers un professionnel de santé pour que cette anomalie soit évaluée.

J'entends par professionnel de santé le médecin généraliste, le gynécologue bien sûr, mais n'oublions pas les sages-femmes. Et surtout, on n'attend pas la prochaine mammographie de dépistage.

Quizy : Quel est le rôle du pharmacien ?

Audrey Garrigues : Le pharmacien n'est pas là pour poser un diagnostic, ni pour choisir l'examen d'imagerie. En revanche, il a un vrai rôle d'accompagnement. Vous pouvez expliquer comment va se dérouler une mammographie ou un autre examen, rassurer la patiente sur ce qu'on lui a prescrit, que ce soit une échographie, une biopsie ou autre, et lui rappeler d'apporter ses anciens examens. Et surtout, vous pouvez l'aider à comprendre son parcours.

Finalement, s'il ne fallait retenir qu'un seul réflexe officinal, ce serait : écouter, expliquer, rassurer avec justesse et orienter au bon moment. Parce qu'au comptoir, on ne pose pas le diagnostic, mais on peut vraiment aider une patiente à entrer dans le parcours de soins sans stress et avec beaucoup moins d'appréhension.

Quizy : « Je dois faire une biopsie et ça me stresse. » Que lui dire ?

Audrey Garrigues : Déjà, on peut la rassurer : une biopsie ne veut pas dire qu'elle a un cancer. Elle sert justement à prélever un tout petit fragment de tissu pour pouvoir l'analyser et savoir précisément de quoi il s'agit.

Concrètement, comment ça va se passer ? Dites-lui bien que l'équipe va lui expliquer le geste étape par étape. Pour une microbiopsie, par exemple, la zone est généralement repérée sous échographie, on désinfecte, on réalise une anesthésie locale, puis les prélèvements. Elle peut ressentir certaines sensations pendant le geste, mais l'anesthésie est justement là pour limiter la douleur.

Petite chose à savoir : je vais vous faire écouter. [Bruit d'un dispositif de microbiopsie.] Certains dispositifs, comme celui-ci, font un bruit assez sec au moment du prélèvement. Ça peut impressionner quand on ne s'y attend pas, mais ce n'est que le bruit du dispositif, et on le leur explique à l'avance.

Et si elle vous pose une question spécifique sur ses médicaments, ses allergies ou la préparation avant le geste, surtout, on ne donne pas une consigne au hasard : on l'invite à contacter le centre, qui connaît exactement le geste prévu et son dossier médical.

Quizy : Après la biopsie, elle a un bleu et des douleurs. Est-ce normal ?

Audrey Garrigues : Elle a réalisé sa biopsie, tout s'est très bien passé, et elle revient vous voir en disant : « J'ai un bleu, ça me fait un peu mal. Est-ce que c'est normal ? » Bien sûr : une sensibilité locale, un bleu, un hématome peuvent survenir après une biopsie. On lui rappelle avant tout de suivre les consignes données par le centre pour le pansement, l'activité physique et les antalgiques.

En revanche, il faut vraiment savoir repérer ce qui doit alerter : un saignement qui persiste, un sein qui devient très gonflé, ou un sein de plus en plus rouge, chaud ou douloureux. Et, vous le savez vous-même, en cas de fièvre, on ne banalise pas : on lui conseille de recontacter rapidement le centre qui a réalisé la biopsie, ou son médecin.

Finalement, avant ou après une biopsie, le pharmacien n'a pas besoin de connaître tout le protocole technique, mais il peut faire énormément : il explique, il rassure, il repère tout ce qui est inhabituel et il sait réorienter.

Quizy : Merci Audrey ! Une question au comptoir ? Posez-la, nous la transmettons. Abonnez-vous pour la suite !